Jimmy Page (2)

Jimmy Page (2)
Deuxième partie : De la chute de Led Zeppelin à aujourd'hui


Héroïne sans héro

Led Zeppelin était le groupe idéal de ceux qui rêvaient les yeux grands ouverts. Mais, peu à peu, le rêve, la part de magie, avaient laissé place aux excès. Si une malédiction pesait sur le groupe, elle était à chercher dans l'abus des drogues et non dans un grotesque pacte avec le diable. Le dernier acte tragique de ces bacchanales était la mort de John Bonham et, ipso facto, du groupe.
Très affecté par la perte d'un ami très cher, Jimmy Page passa de longs mois dans un état dépressif. Lui qui vivait et respirait Led Zeppelin voyait son centre de gravité s'évaporer soudainement. Il était aussi dépendant à l'Héroïne. A cause d'elle, à partir de 1977, il avait fini par devenir sur scène l'ombre de lui-même. Les derniers concerts du groupe en 1980 avaient été pathétiques. C'est seulement en 1984 que Jimmy se soigna. Il a dit ne rien regretter. Peut-être... Mais une chose est sûre : les aiguilles qu'il s'enfonçait dans les bras étaient autant de coups portés contre lui-même.

Reprise

Jimmy finit par sortir de sa retraite. Il était légitime d'attendre beaucoup du maître de Led Zeppelin. Cependant c'était oublier que la réussite du groupe n'était pas due à lui seul mais au travail collectif de ses membres ainsi qu'à l'harmonie qui régnait entre eux. Il ne faut pas non plus oublier la figure paternelle de Peter Grant, ni « l'efficacité » dans de nombreux domaines de Richard Cole. Cet ensemble faisait ressembler Led Zeppelin à un clan très fermé. Jimmy Page allait-il réussir à retrouver cette rare alchimie ? Rien n'était moins sûr. Il faut aussi réaliser que c'est dans les brumes de la drogue et du sevrage qu'il traversa la première moitié des années 80.
L'heure de la reprise du travail sonna quand un de ses voisins, Michael Winner, lui commanda la bande musicale de Death Wish II ("Un justicier dans la ville"). Le film était une série B. Il avait pour héros Charles Bronson jouant des revolvers et des mitraillettes dans un New York abandonné par la police et livré à une idiote et très méchante racaille. Jimmy s'acquitta parfaitement de ce travail. Le film sorti en 1982 et ne marqua pas les mémoires cinéphiles.
Pendant la même période il se pencha sur le cadavre encore frais de Led zeppelin pour voir ce qu'il pouvait en tirer. Car Swan Song devait encore un album de Led Zeppelin à Atlantic. C'est non sans mal qu'il porta au jour 8 chansons. John Paul Jones trouva le titre : Coda. Album constitué de maigres reliefs du festin Led Zeppelin. Album de toutes les frustrations aussi. Y allait-il avoir une suite ?
En 1983 il participa à deux concerts aux Royal Albert Hall pour l'A.R.M.S. (Action for Research into Multiple Sclerosis) organisés sous la houlette de Ronnie Lane (ex-Small Faces) atteint par la maladie. Le pôle d'attraction principal était constitué par le légendaire trio des anciens guitaristes des Yardbirds : Eric Clapton, Jeff Beck et bien sûr Jimmy Page. Ça sentait bon la réunion d'anciens combattants, de plus, pas au meilleur de leur forme. Page ? Un pantin mécanique triturant des cordes d'acier dans la lumière crue des projecteurs. Devant le succès de l'événement quelques dates furent organisées aux Etats-Unis. Jimmy n'y avait pas joué depuis 1977. Il avait pour partenaire, en remplacement de Steve Winwood, Paul Rodgers (ancien Free et Bad compagny). Les deux hommes, retrouvant franchement goût à la musique, décidèrent de former un groupe. Quelque chose de nouveau et d'original ne lorgnant pas vers un passé trop écrasant.

Listen To This, Eddie

Ce titre est celui d'un des plus célèbres bootlegs de Led Zeppelin. C'était une réponse indirecte à Eddie Van Halen critiquant le jeu de Page qu'il trouvait parfois erratique en concert. L'écoute de ce concert du 21 juin 1977 étant censé lui donner tord...
Depuis la fin des années 60, la guitare électrique avait évolué. Eddie Van Halen en révolutionna le jeu, après Jimi Hendrix, à la fin des années 70. De nombreux guitaristes intégrèrent ses apports. Presque exclusivement dans le Hard-Rock. Jimmy Page eut beaucoup d'influence sur lui. Un morceau comme Heartbreaker étant une de ses références fondamentales. Il reprit aussi régulièrement des titres de Led Zeppelin en concert. De son côté Jimmy n'emprunta rien à Van Halen, tout en connaissant ses découvertes comme le Tapping.
Pour tout dire son jeu était moins inspiré qu'avant, même si, dans ses meilleurs moments, il restait un très grand guitariste. En fait il n'a jamais cherché la virtuosité. « J'ai toujours été un guitariste un peu négligent. Je n'ai jamais eu la technique d'un McLaughlin, il a fallu que je travaille très dur pour apprendre ce que je sais. La manière dont je porte ma guitare très bas est une indication du mépris que j'ai pour le classicisme technique. Je suppose que l'originalité créatrice remplace la technique. » (Guitares magazine, 1990).
Jimmy Page donna souvent l'impression d'être en équilibre entre le gouffre et le sublime. Et il bascula plus d'une fois d'un côté ou de l'autre.

The Firm

En 1984 avec Paul Rodgers, il s'occupa de former leur nouveau groupe. Ils engagèrent Chris Slade (ex-Manfred Mann et futur AC/DC) à la batterie et Tony Franklin (de chez Roy Harper) un virtuose de la basse freetless. Le groupe s'appela The Firm. Un choix judicieux en cette époque où le gentil hippie avait disparu au profit du yuppie assoiffé d'argent comme le vampire de sang. The Firm accoucha de deux albums (The Firm et Mean To Business). Le premier étant le meilleur et pas une merveille. La musique, très dans l'air du temps, consistait en un Hard-Rock FM sans âme. A noter que le titre Midnight Moonlight était une version achevée de la fameuse Swan Song restée à l'état d'ébauche du temps de Led Zeppelin. Le groupe connu un succès d'estime même parmi les jeunes. Ils étaient sans doute attirés par cette musique à la mode jouée par des légendes du rock anglais. Il tourna aux Etats-Unis. Parfois même à guichet fermé. Finalement il splitta en 1986. Jimmy déclara, légèrement pince sans rire, que le groupe n'avait jamais eut l'intention de dépasser les deux albums.
En 1985 Jimmy a aussi participé à un album de Roy Harper (Whatever Happened To Jugula). Il se terminait par le bruit de Roy urinant et tirant la chasse d'eau. Oui, il était temps de passer à autre chose...

Outsider ?

Alors que Robert Plant en était à son quatrième et alors meilleur album solo, Now And Zen, Jimmy enregistra enfin le sien.
Il s'entoura de vieux requins de studio ainsi que de Jason Bonham, le fils de John Bonham, Robert Plant était aussi de la fête pour un titre : The Only One.
L'album s'appela Outrider. Sur la pochette on pouvait y voir un Jimmy Page revigoré à l'air décidé, frisé comme un mouton, et tenant fermement une guitare. Un léger effet de flou brisait le côté statique de la photo. Jimmy Page prêt à se remuer, à mordre, comme au bon vieux temps ? Malheureusement l'album n'offrait pas de quoi affoler les foules. Tout en étant des plus honnêtes. Deux titres sortaient du lot : le bel instrumental Emerald Eyes et Prison Blues à l'atmosphère chaude et moite avec un solo fiévreux de Jimmy. Il sorti en 1988 et se vendit à peu près autant que les albums de The Firm.
Pendant la tournée Jason se montra être un batteur solide mais au jeu un peu trop académique. Quand à Jimmy il retrouva des couleurs. En fait, il joua ses meilleures parties de guitare post-Zeppelin.
Les shows se terminaient par des versions instrumentales de Stairway To Heaven. Comme autant d'appels à un absent qui, finalement, le resta... Jimmy parti alors en quête d'un nouveau compagnon.

Coverdale/Page

En 1993 la nouvelle de la collaboration entre Jimmy Page et David Coverdale étonna et, le plus souvent, indifféra. Le vieux maître du Zeppelin semblait avoir définitivement perdu l'art des morceaux taillés dans un clinquant airain. Quant à David Coverdale, il sortait d'une expérience très éprouvante pour Whitesnake avec Steve Vai.
Pourtant, vaille que vaille, un album surgit des mains d'abord lasses puis frétillantes de nos deux compagnons d'infortune. Le rejeton de ces noces contre nature se vit nommé, en toute simplicité, Coverdale/Page. Comme si ces deux noms accolés étaient pourvoyeur de merveilles et de bonnes nouvelles pour le rock. Au demeurant, il était assez réussi, assez bizarre et un rien pompeux.
Dès sa mise en vente, il grimpa en flèche dans les classements. Il finit même par atteindre la 5ème place des charts aux Etats-Unis. On s'emballa ! On ne prévit pas moins de 45 dates pour quadriller le territoire américain ! Hélas, après quelques semaines, aussi vite qu'il était monté, l'album disparut dans les profondeurs des classements. Pis : la vente de billets se révéla trop faible pour envisager la moindre date sur la terre promise du billet vert.
Le duo se contenta d'une ou deux dates à Londres. Il réussit quand même à monter une tournée japonaise. Il est vrai que les fans hardcore japonais sont toujours prêts à avaler le bouillon musical d'ancienne gloire du show-business que, partout ailleurs, on recracherait dans l'assiette avec une mine de dégoût. Les shows furent classieux et très professionnels. Coverdale avait cependant l'irritante manie de hurler et d'imiter l'aboiement du chien. Quand à Jimmy il se montra irréprochable. C'est aussi la dernière fois qu'il interpréta seul de belles versions de White Summer et Black Mountain Side avec sa fidèle Danelectro noire et blanche.
D'après la rumeur, il existerait une poignée de titres inédits alors gardée en réserve pour le deuxième album. Mais, le duo se séparant, il ne vit jamais le jour. Un vieil ami de Jimmy avait enfin repris contact avec lui. Quand à David Coverdale il s'en retourna vers une nouvelle mouture de Whitesnake.

Retrouvailles

C'est quasiment au dernier moment que Robert Plant se décida à renouer avec Jimmy Page. Ce dernier atteignant les 50 ans... Oubliées les petites phrases assassines auxquelles Jimmy, repoussé dans les derniers retranchements de l'espoir d'une réunion, répondait quelquefois avec mollesse et amertume.
Ils s'étaient déjà retrouvés le temps d'une chanson ou deux sur album et lors de rappels. Led Zeppelin avait même été deux fois reformé, avec John Paul Jones, pour deux prestations des plus moyennes en 1985 (Live Aid) et pour les 40 ans d'Atlantic en 1988. Une tentative, tenue secrète, a eu lieu en 1986 à Bath. Mais le batteur Tony Thompson, déjà présent au Live Aid, eut un accident de voiture sans gravité en rejoignant les ex-Zeppelin. « Dans le genre présage, on ne fait pas mieux. On s'est arrêté là. » Constata un Jimmy Page sensible et superstitieux.
La réunion Page & Plant devait se faire dans le cadre strict d'un Unplugged de MTV avec une forte orientation World-Music. En fait ce projet était déjà dans l'air du temps de Led Zeppelin (On se souvient des fameuses Bombay sessions et d'un morceau tel que Kashmir). Mais faute de temps, d'aléas, et de l'inertie de la machine Led Zeppelin qui se nourrissait surtout de rock, il n'avait jamais abouti. L'idée venait de Plant et de Page ce qui explique, en partie, la mise à l'écart de John Paul Jones. L'autre explication est que Robert Plant ne voulait plus seulement être associé à Led Zeppelin mais être enfin reconnu comme un artiste à part entière, et deux ex-Led Zeppelin c'était déjà beaucoup...
C'est donc certainement sans trop y croire que les deux vieux amis se réunirent autour de boucles de percussions enregistrées par Martin Messonier. Mais il se passa quelque chose. La musique circula à nouveau entre eux.
Ils enregistrèrent en direct dans la belle région de Snowdonia en Angleterre. Au Maroc avec les Gnawas, une tribu noire locale, dont la musique est censée avoir des vertus thérapeutiques. Egalement de façon plus conventionnelle au studio Albion, devant public, à Londres avec une section de cordes anglaise et une autre de percussions égyptiennes.
L'album était une réussite éclatante. Les chansons de Led Zeppelin prenaient une nouvelle dimension (sauf No Quarter en deçà du reste). Il se terminait par une superbe version de Kashmir. Une cassette vidéo sortie également. Les images les plus magiques étant celles avec les Gnawas et celles de The Truth Explodes sur la place de Marrakech. Elles montraient nos deux vieux boucaniers du rock dans un exercice sur la corde raide devant un public plutôt interloqué. Surtout quand Jimmy empoigna la manette d'une drôle de petite boîte noire pour en sortir des sons stridents.
L'album fut 4ème aux Etats-Unis en 1994. Les tournées furent somptueuses. Ils sillonnèrent l'Europe et les Etats-Unis. Elle se termina en apothéose début 1996 au brésil, au Japon et en Australie avec une set list de rêve.
La réunion ne s'arrêta pas là. Un album avec un matériel entièrement neuf s'imposait. Hélas toujours sans John Paul Jones. Les séances d'enregistrements se déroulèrent pendant l'été 1997. L'album s'appela Walking Into Clarksdale en hommage à la ville vivier du blues. Steve Albini (Pixies, Helmet, Nirvana, PJ Harvey...) en était le producteur inattendu. L'album sonnait très direct et rock. Il avait une beauté aride et une atmosphère attachante. La guitare de Jimmy se promenait en eau trouble, entre tranquillité amère et brutalité effrénée. Mais il manquait de souffle. On pouvait s'attendre à mieux de la part de Page et Plant après les avoir entendus lors de la tournée Unledded. Il est aussi vrai qu'Albini, trop respectueux, n'avait pas toujours osé critiquer leur travail. Heureusement certains titres comme When The World Was Young, Walking Into Clarksdale, Most High ou encore When I Was A Child furent d'incontestables réussites.
« Les gens croient que je ne sais (...) plus jouer, je vais leur prouver le contraire. » En fait Jimmy n'avait plus le choix. Sans orchestre symphonique ni second guitariste pour le soutenir, il allait de nouveau être exposé en premier ligne, aux regards et aux oreilles.
La tournée débuta en Europe de l'Est début 1998. La guitare de Jimmy se révéla très acérée et à peine apaisée le temps d'une poignée de titres acoustiques. Loin de se reposer sur sa gloire passée, il s'investissait dans les concerts comme un jeune guitariste voulant conquérir le monde à coup de riffs tranchants. C'est certainement devant cette montée en puissance que Robert Plant commença à se demander ce qu'il faisait là. Allait-il être l'éternel second de Jimmy Page ? N'avait-il pas encore une carte solo à jouer ? Fin 1998, en pleine tournée, il mit fin à sa collaboration avec Page. Ce dernier dépité mais toujours avide de jouer se tourna alors vers les Blacks Crowes, ravis de jouer avec un de leurs idoles, pour une tournée qui débuta en 1999 et un album live en 2000. La même année Jimmy se blessa au dos et la tournée prit fin prématurément.

L'archiviste

Une fois Led Zeppelin mort, Robert Plant et John Paul Jones prirent leurs distances avec l'illustre cadavre. C'est à Jimmy Page, toujours hanté par sa création, qu'incomba la tâche d'entretenir l'œuvre de Led Zeppelin. Pour la bonne cause : le groupe n'avait pas offert tout ce dont il était capable de son vivant.
Des années après l'épisode Coda, il remasterisa tous les albums studios du groupe. « Quand les albums du Zep ont été réédités en CD, personne ne m'a contacté. Alors ils ont fait n'importe quoi... » (JP, 1993.) Deux coffrets remasters sortirent avec une astuce commerciale : l'intégration d'un petit nombre d'inédits dans ce qui n'était finalement qu'une compilation. Suivirent un coffret, The complete Studio Recording, comprenant aussi les fameux inédits, et les albums remastérisés achetables un par un. Variation sur la chanson du citron...
Le succès commercial dépassa toutes les espérances. Led Zeppelin connaissait une deuxième naissance post-mortem. Jimmy Page se remit donc, une fois de plus, au travail. Il fallait absolument un live à la hauteur du groupe. On devait jusque là se contenter de la bande musicale, mal fichue, du film The Song Remains The Same et... de bootlegs. Ce fut chose presque faite (seulement en 1997 !) avec les superbes BBC Sessions. Le coup de marteau fut asséné en 2003. D'abord avec l'extraordinaire How The West Was Won. Ainsi que deux DVD, plus de 5 heures de film, retraçant la quasi-totalité de la carrière du groupe. Bizarrement les images les plus impressionnantes et touchantes étaient celles de Knebwoth où l'on peut lire sur les visages, les corps, la déchéance des membres de Led Zeppelin. Le moins atteint semblant être John Paul Jones et le plus touché Jimmy Page.

Présent

Depuis la tournée avec les Black Crowes, Jimmy Page se montre plus rarement. Il parcourt encore le monde pour recevoir des récompenses et participer à des manifestations officielles. Il retrouva Robert Plant le 7 juillet 2001 pour un court set rock and roll en l'hommage à Sun Records. Le fameux label pionnier du genre dont Jimmy collectionnait les vinyles. En 2002 il a interprété Dazed And Confused au Royal Albert Hall. Il a eu 60 ans en 2004. Un âge canonique pour une star du rock Sensibilisé par sa femme il consacre aujourd'hui de son temps aux œuvres de charité, en particulier pour aider les enfants déshérités du Brésil. On peut aussi compter sur lui pour sortir, de temps en temps, des petits joyaux estampillés années 70.

« Mon mode de communication idéal est la musique et je crois que c'est à travers elle que je me révèle. Je suis juste un joueur de guitare. »
# Posté le dimanche 08 janvier 2006 13:48

Robert Plant

Robert Plant
Robert Plant, l'une des plus célèbres voix de l'histoire du rock. Une puissance et une richesse vocale hors du commun. Il n'y avait que lui pour aller chercher ces notes suraïgues, à la limite de la rupture. Plant"gueule et hurle le blues comme personne.

Compositeur de la plupart des paroles des chansons du groupe, Plant n'est certes pas un parolier de tout premier plan. Mais ses textes sont remplis d'états d'âme, poétiques, loin des clichés que l'on attribue généralement au hard rock.

"Je neme suis inspiré de personne pour mon style vocal, je l'ai développé moi-même, jusqu'à atteindre ce timbre féminin."



Nom de naissance: Robert Anthony Plant
Date de naissance: 20 août 1948
Lieu de naissance: West Bromwich
Autre groupes: The Crawling King Snakes, Listen, Hobbstweedle, The Band of Joy

Il passe son enfance au sein d'une famille aisée - son père était ingénieur - résidant à Kidderminster, près de Birmingham dans les Midlands. Vers 15 ans, le jeune garçon se découvre une passion débordante pour la musique, et particulièrement pour le blues que l'Angleterre découvre peu à peu. Il est surtout influencé par la musique de musiciens tels que Robert Johnson, Buddy Guy et Muddy Waters. Mais ses goûts sont alimentés par les toutes nouvelles vedette du rock'n roll américain, tels qu'Elvis Presley et Gene Vincent.. C'est ainsi qu'au désespoir de ses parents, Robert quitte l'école en 1964 pour s'y consacrer exclusivement. Son père l'aurait bien vu suivre sa voie. Robert, lui, préfère hurler le blues de Robert Johnson ou Otis Clay dans les clubs du Black Country, cette région aux alentours de Birmingham surnommée ainsi en raison de l'industrie minière qui en marque le paysage.
Le jeune Plant vogue de groupes en groupes amateurs, tels que The Delta Blues Band ou encore The Crawling King Snakes, dans lequel figure un batteur nommé John Bonham. En 1966, il rejoint son premier vrai groupe, Listen. La voix puissante de Robert ne passe pas inaperçue. A Birmingham, sa réputation n'est plus à faire. La formation attire ainsi l'attention de CBS Records, qui offre à Plant un contrat pour trois singles et qui le lie au label pour les années à venir (raison pour laquelle il ne sera pas crédité sur les titres du premier album de Led Zeppelin). Sortis entre octobre 66 et septembre 67, ses singles n'auront aucun succès et Robert retourne alors sur les scènes du Black Country. Fin 67, il rejoint une formation instable, aux influences multiples : The Band Of Joy, où il retrouve John Bonham avec qui il devient ami.
A l'époque, il s'intéresse de près à la scène West Coast avec des groupes tels Moby Grape, Love, Buffalo Springfield, dont les influences se feront ressentir plus tard dans Led Zeppelin et sa carrière solo.
Durant les premiers mois de l'année 68, The Band Of Joy donne plusieurs concerts dans des clubs londoniens, et enregistre quelques démos. Mais, faute de trouver un contrat, le groupe se sépare au printemps.
Doté désormais d'une bonne carte de visite, Robert est alors engagé par Alexis Korner, l'un des pioniers du blues en Angleterre. Il donne avec lui plusieurs concerts et participe à quelques séances d'enregistrement. Parallèlement, il chante de temps à autre dans les clubs de Birmingham avec un groupe amateur nommé Hobbstweedle. En août 1968,Jimmy Page alors guitariste du groupe moribond Yardbirds, souhaite trouver de nouveaux musiciens pour respecter des engagements professionnels et pourquoi pas former le groupe dont il a toujours rêvé. À la suite d'une session avec Alexis Korner la même année, Jimmy Page le remarque et lui demande de le rejoindre lui et John Paul Jones au sein des New Yardbirds. Il accepte et propose même le batteur John Bonham.

Une fois respectés les engagements de concert pris par les Yardbirds, le groupe sera rapidement renommé Led Zeppelin.

Le 9 novembre 1969, Robert épouse Maureen, une métisse anglo-indienne qu'il avait rencontrée trois ans plus tôt. Ils auront trois enfants : Carmen, Karac et Logan Romero.
Les années 70 verront Plant atteindre la gloire avec Led Zeppelin, mais seront aussi le théatre de deux malheurs : en août 75, Robert et Maureen survivent de justesse à un grave accident de voiture. Plus tragique encore : en juillet 77, son fils Karac meurt d'une maladie foudroyante. Le 25 septembre 1980, le sort vient une fois de plus le frapper avec la mort de John Bonham. De plus, de très sérieux problèmes vocaux l'obligeront à se faire opérer des cordes vocales en 1973. Il n'arrivera par la suite jamais plus au niveau exceptionnel atteint sur le quatrième album, mais restera à jamais un chanteur hors norme et un modèle pour tous les chanteurs de hard rock qui se mettront à l'imiter plus tard.

Après s'être difficilement remis de la mort de son ami Bonzo, Plant se réfugie dans la musique, loin du business. Au printemps 81, il entreprend une modeste tournée dans les Midlands avec The Honeydrippers, groupe formé avec de vieilles connaissances pour y jouer des classiques de rythm 'n blues. Il se lance ensuite dans une carrière solo et sort successivement "Pictures At Eleven" (1982) et "The Principle Of Moments" (1983), deux albums pop-rock dans la même veine que "In Through The Out Door" qui obtiendront un grand succès en Angleterre et aux Etats-Unis.
Avec la fin de Swan Song (label de Led Zeppelin), il fonde son propre label Es Paranza, sous lequel sortiront ses productions futures.
Après avoir divorcé de Maureen, il reforme The Honeydrippers en 1984 pour l'enregistrement d'un album sur lequel jouent entre autres invités Jimmy Page, Jeff Beck et Nile Rodgers. L'album, composé de 5 reprises de rythm 'n blues, sort dans l'anonymat jusqu'à ce qu'on colle un sticker sur la pochette, mentionnant les noms de Plant, Page et Beck. L'album atteint finalement la 5e place dans les charts américains.
Robert entame ensuite la plus mauvaise période de sa carrière solo : après un passage manqué des membres restants de Led Zep au Live Aid de 85, il sort "Shaken 'n' Stirred" qui s'attirera les foudres des critiques et du public. Fatigué des musiciens de son groupe, il ne fait quasi plus rien pendant deux ans.
Ce n'est qu'en 1988 que sort son album suivant, "Now And Zen", suivi de "Manic Nirvana" (1990) et de "Fate Of Nations" (1993). Trois albums qui seront bien accueillis.
1994 est l'année de la grande réconciliation avec Jimmy Page, avec qui les relations s'étaient déteriorées. A l'invitation de MTV pour la série "Unplugged", les deux hommes se retrouvent pour le projet "Unledded - No Quarter". Tout allant de nouveau pour le mieux, ils partent en tournée et sortent un second album en 1998, "Walking Into Clarksdale", suivi d'une nouvelle tournée. Mais Robert, fatigué de la grosse machine que sont devenues les tournées Page & Plant, met fin à l'association avec son comparse.
En 1999, il forme le groupe Priory Of Brion, à la manière des Honeydrippers en 81. Il tournera modestement avec eux durant deux ans, jusqu'à ce que son management le pousse à sortir un nouvel album. En 2001, Robert s'entoure alors d'un groupe plus professionnel, The Strange Sensations. Il enregistre avec eux "Dreamland" (2002), son dernier album studio à ce jour, qui sera salué par les critiques et le public. En 2003 sort le Best Of "Sixty Six To Timbuktu", qui comprend entre autres des inédits de sa carrière pre-Led Zeppelin.

Robert Plant a donné une couleur vocale incomparable à Led Zeppelin, et surtout, la possibilité d'explorer, pour ses auditeurs, des paysages musicaux encore inconnus au début des années 1970. Tous les morceaux de Led Zeppelin étaient des invitations au voyage vers la musique celtique, la musique indienne, le folk anglais, le blues et, bien sûr, le hard rock.
# Posté le dimanche 08 janvier 2006 13:53
Modifié le mercredi 06 juin 2007 11:19

John Paul Jones

John Paul Jones
John Paul Jones, un peu l'homme à tout faire, le mécano du Dirigeable. C'est, avant tout, le talentueux et innovant bassiste du groupe, mais il en est aussi l'excellent claviériste (le piano est son premier instrument). Il joue aussi de la guitare et de la mandoline, et on l'entend également à la flûte (intro de "Stairway To Heaven"). Sur scène, on le voit même jouer de la basse-pédale avec ses pieds, pendant qu'il joue de la guitare ou de la mandoline. Bref, un vrai homme-orchestre le JPJ !

Au milieu de ses petits camarades turbulents, "Jonesy" était le plus effacé, tant en coulisse que sur scène, restant toujours en retrait. Mais il est à la base de quelques une des plus géniales trouvailles au sein de la section rythmique (et que serait Led Zeppelin sans sa rythmique, Jonesy et Bonzo ???) et pour bon nombre d'arrangements.


Nom de naissance: John Baldwin
Date de naissance: 3 janvier 1946
Lieu de naissance: Sidcup, Kent en Angleterre.

Joueur de basse et de clavier, il devint un musicien de studio très respecté, en plus d'être un directeur musical et un arrangeur prolifique. Il a participé aux albums de nombreux artistes des années 60 avant de former Led Zeppelin en 1968.

Au sein du groupe, il était le musicien le plus discret, mais était énormément respecté dans le milieu. Plusieurs considéraient qu'il amenait la stabilité dans le groupe et ce fut particulièrement le cas sur leur dernier véritable album "In Through The Out Door" en 1979, où il joua le rôle de catalyseur dans un groupe qui s'essoufflait.



Après la séparation du groupe en 1980, il collabora à plusieurs albums d'artistes tels Paul McCartney, Brian Eno et The Butthole Surfers. Il travailla également beaucoup avec son vieux comparse Jimmy Page. Ils sortirent entre autre un album en 2000 qui contient de la batterie du défunt John Bonham (Rock And Roll Highway).

Il mit sur le marché un seul album en tant qu'artiste solo, "Zooma", en septembre 1999. Il est particulièrement fier de ce projet.

Sa dernière appartion est sur le double-album des Foo Fighters " In Your Honor" (2005) ou il tient les claviers sur certain morceaux.
# Posté le dimanche 08 janvier 2006 13:54
Modifié le mercredi 06 juin 2007 05:00

John Bonham

John Bonham
Nom de naissance: John Henry Bonham
Date de naissance: 31 mai 1948
Lieu de naissance: Redditch, près de Birmingham, en Angleterre.
Date de décès: 24 septembre 1980

Très jeune, il commença à frapper sur des pots ou des casseroles. Il eut sa première batterie à l'âge de 10 ans, une batterie usagée achetée par son père qu'il traita aux petits soins. D'ailleurs, il a souvent dit au cours de sa carrière que de maltraiter sa batterie est presque aussi pire que d'abuser d'un enfant.

Le premier groupe avec qui il joua était un groupe d'étudiants du secondaire et il s'appelait Terry Web And The Spiders. À ce moment-là, il n'avait pas encore ce style agressif pour lequel il fut reconnu plus tard. Il joua ensuite avec plusieurs groupes locaux comme The Nicky James Movement, A Way Of Life et Steve Brett And The Mavericks. À l'âge de 18 ans, il rencontra sa future épouse, Pat, qui fut réticente à le marier pendant un certain temps, car elle craignait qu'il ne réussisse pas sa carrière.

Celui qu'on surnommait Bonzo continuait à la rassurer sans arrêt à ce sujet et peu de temps après, il rencontra Robert Plant avec qui il joua dans le groupe The Band Of Joy. Le groupe ne dura pas très longtemps et Bonzo quitta pour aller jouer ailleurs. Un soir, il se fit approcher par Jimmy Page qui avait recruté Robert Plant pour son nouveau groupe The New Yardbirds. Plant avait fortement suggéré à Page de recruter John Bonham. C'est le groupe qui allait devenir Led Zeppelin.

Malheureusement, sa carrière ne se termine pas aussi bien que celles de ses confrères. Bien qu'il ait toujours été reconnu comme un grand buveur, John, alors qu'il sort pour une soirée bien arrosée, le 24 septembre 1980, boit selon la rumeur 40 shooters de vodka en 4 heures seulement. Un peu assomé et plus ou moins dans son état normal, il appelle un taxi pour se rendre à la maison de campagne de Page où se trouve un ami qui l'aide à se mettre au lit. Durant la nuit, il vomit alors qu'il est inconscient et s'étouffe. Le lendemain matin, Benji Lefevre, l'assistant de Robert Plant le trouve sans vie dans son lit. Bonzo laisse dans le deuil son épouse Pat, son fils Jason et sa fille Zoe, en plus des trois autres membres de Led Zeppelin, qui, à partir de cette date, ne se reformeront plus jamais officiellement pour faire de la musique sous le nom Led Zeppelin. Le batteur Tony Thompson avait été suggeré, mais le groupe annonce sa separation en décembre 1980. Il fait quand même quelques représentations : anniversaire d'Atlantic Records et au Live Aid, avec des batteurs différents, dont le fils de Bonzo, Jason Bonham

Jason contribua à faire revivre la musique de son père à plusieurs reprises. Lui-même batteur, il forma plusieurs groupes dont le principal, The Jason Bonham Band, qui reprend surtout des pièces de Led Zeppelin. Il a aussi participé à plusieurs événements spéciaux avec les 3 membres restants de Led Zeppelin.
# Posté le dimanche 08 janvier 2006 13:56
Modifié le mercredi 06 juin 2007 05:06

Nirvana

Nirvana
Nom de naissance: Kurt Donald Cobain
Lieu de naissance: Aberdeen, Washington, USA
Date de naissance: 20 février 1967
Date de décès: 4 avril 1994
Lieu de décès: Seattle, Washington, USA

La légende raconte que Kurt a voulu devenir une rock-star après avoir vu pour la première fois les Beatles à la télévision, quand il était enfant. Il a passé la plus grande partie de son adolescence enfermé dans sa chambre à jouer et à écouter sa musique préférée, haïssant le reste du monde. Son goût pour la peinture et le théâtre, son caractère introverti et taciturne, ainsi qu'une santé délicate, donnaient de lui l'image d'un jeune souffreteur et fragile ; cela ne facilitait pas vraiment son intégration dans une localité rude, spécialisée dans le bois comme Aberdeen, peuplée d'hommes robustes, machistes, violents et enclins à mépriser tout ceux qui, comme Cobain, ne rentraient pas dans leur moule. Particulièrement s'ils dédaignaient les attraits indéniablees d'un bon spectacle de sport, une discussion animée sur leur rude journée de labeur ou le sexe, devant un bock de bière, voire une bonne bagarre devant la porte d'une taverne. Cobain a expliqué que "les gens de cette ville ne sont pas très dynamiques, ils n'ont envie de rien faire. L'ambiance est à la dépression et à l'alcoolisme."

Il n'avait pourtant pas toujours été comme ça. Jusqu'à l'âge de huit ans, son enfance fut heureuse, entourée de famille et d'amis, mais un événement traumatisant vint détruire son univers enfantin idyllique et innocent. Le divorce de ses parents, Donald et Wendy Cobain, allait le marquer pour le restant de ses jours. "J'ai eu honte, honte de mes parents. Je voulais désespérément avoir une famille classique, typiques, avec un père et une mère. J'avais besoin de cette sécurité", se souviendra plus tard le chanteur. Cet événement ouvrit une longue série de déceptions et d'échecs personnels, qui allait accroître avec le temps. Les disputes étaient continuelles avec son père qui, après s'être remarié, suggéra sans succès à son filsde laisser tomber sa guitare et de se présenter à un test pour rejoindre la marine. Il finit par mettre son fils à la porte. "Pour lui, j'étais en train de gâcher ma vue alors que moi, j'avais l'impression de luttre pour la réaliser". C'est ainsi que la maison de sa mère, elle aussi remariée, celle de certains de ses oncles, et même le pont d'Aberdeen Nord, devinrent ses toits provisoires dans les années qui suivirent.

C'est pourtant durant cette période funeste de sa jeunesse que Kurt commença à dessiner sa propre identité musicale, après une étape initiales marquée par les groupes entendus sur les radios commerciales. Il apprécie alors le hard-rock typiques des années 70 (Led Zeppelin, et tout particulièrement Black Sabbath), puis le punk et le hardcore américain, grâce au chateur-guitariste de Melvins, Buzz Osbourne, qui lui fait découvrir des groupes comme Butthole Surfers, les Stooges et Black Flag. C'est justement un concert de ces derniers qui change le cours de son existence et permet d'en arriver à la conclusion qu'il ne pourrait jamais faire "d'autre musique que celle-là."

Osbourne est aussi celui qui attire Chris Anthony Novoselic dans les eaux agitées du punk-rock et qui le présente à son ami Kurt Cobain. Novoselic est né à Compton, en Californie, le 16 mai 1965, au sein d'une famille originaire de Croatie, qui avait émigré en quête de l'incertain rêve américain. Le travail de son père dans l'industrie du bois les mena à Aberdeen, où, entre autres choses, l'enfant dut, lui aussi, assumer le divorce de ses parents.

La musique a été pour lui, comme pour Cobain, la véritable bouée de sauvetage de ses frustrations d'adolescent, et le punk est devenu un modèle de vie, qui apparemment offrait pour lui plus d'attraits et de satisfactions que les salles de classes ou un ballon de football américain. Quand Chris Novoselic (qui prendra en 1993 le nom de Krist) et Kurt Cobain font connaissance, ce dernier a déjà fait partie de groupes comme Brown Towel et, depuis la fin 1985, dirige une nouvelle formation baptisée Fecal Matter, en compagnie du bassiste Dave Crover et du batteur Greg Hokanson. Le trio a même enregistré une maquette et fait, à plusieurs reprises, la première partie de Melvins. Mais la formation d'origine ne dure pas plus de quelques mois. Cobain a déjà décidé d'engager Novoselic et, après lui avoir envoyé plusieurs enregistrements de son groupe, il obtient que le bassiste rejoigne Fecal Matter au mois de novembre. Au cours de l'année suivante, le groupe passe par un certain nombre de hauts et de bas liés principalement à la difficulté de trouver un batteur qui s'adapte au tandem et ne déserte pas au moment le plus inopportun. En avril 87, Chris et Kurt recrutent Aaron Burkhard et, pour prendre leurs distances avec leur groupe précédent, se baptisent Skid Row. C'est d'une certaine manière, le véritable embryon de Nirvana. En effet, des morceaux comme "Floyd The Barber" ou leur relecture de "Love Buzz" de Shocking Blue, qui figurant dans le premier album du groupe, appartenaient déjà au repertoire de Skid Row. Pourtant, leur nom ne tient pas vraiment la route. En quelques mois, "Skid Row" devient "Ted Ed Fred", "Pen Cap Chew" et "Windowpane". Jusqu'aun jour où Kurt a l'idée d'un nom plus accrocheur et facile à prononcer, et c'est que le trio devient "Nirvana". Burkhard les quitte peu de temps après et Dale Crover vient le remplacer à la batterie. Ils donnent quelques concert et, en janvier 1988, enregistrent la première maquette du groupe dans les studios Reciprocal Recording de Jack Endino, le producteur attitré du lable Sub Pop. Crover repart très vite, mais les musiciens commencent à faire circuler leur cassette chez les principaux labels indépendants du pays. Seuls les responsables de Sub Pop, en raison de l'intervention d'Endino, s'intéressent à leurs chansons.

Le label de Seattle, créé en 1986 par Bruce Pavitt et Jonathan Poneman, se charge de faire paraître en octobre 88 le premier single de Nirvana, "Love Buzz", avec un tirage limité à seulement mille exemplaires. Par ailleurs, la maison de disques s'enrichit d'une autre chanson du groupe, "Spank Thru", qui figure dans une compilation sous forme de triple album, Sub Pop 200, dans lequel on retrouve aussi des noms comme Screaming Trees, Green River et Tad. En mai, quelques mois auparavant, Chad Channing, ex-batteur de Fire Ant, était venu rejoindre le groupe. Ils commencent à tourner dans les salles de spectacles de la scène alternative de Seattle, où ils s'acquièrent en peu de temps une excellente réputation.

En toute logique, l'étape suivante consiste à entrer de nouveau en studios pour y enregistrer un premier album. A la fin de l'année, Nirvana commence à travailler les chansons de ce disque et en un temps records, trois jours seulement, ils enregistrent tout le répertoire choisi dans les studios de Jack Endino. Même si les crédits figurant sur le disque permettant de supposer que Kurt, Chris et Chad ont été accompagnés durant les sessions d'enregistrement par Jason Everman, on n'entend sa guitare dans aucun morceau du disque, car son entrée dans le groupe ne sera effective qu'une fois le travail achevé. Pourtant sa mention, à titre honorifique, est tout à fait justifiée, car c'est Everman qui a apporté au groupe les 606 dollars nécessaires aux frais d'enregistrement. Tout est donc prêt pour que Sub Pop accomplisse la seconde phase du contrat et que Nirvana puisse réaliser son rêve, la sortir d'un album. En juin 89, Bleach commence à être distribué chez les disquaires et, à la fin du même mois, le groupe entreprend une tournée aux Etats-Unis qui démarre à San Francisco. En dépit de l'optimisme initial, la tournée s'achève plus que prévu car, après un concert catastrophique au New Music Seminar de New York, Jason Everman décide de quitter le groupe pour rejoindre Soundgarden, en tant que bassiste cette fois. Les musiciens sont donc obligés d'annuler les autres concerts prévus.

Heureusement, il n'y a pas que des mauvaises nouvelles. "Bleach" sort en Grande-Bretagne au mois d'août et la presse spécialisée l'accueille avec intérêt. "Comme beaucoup de groupes issus de l'épicentre de Sub Pop, on peut difficilement les trouver innovateurs. Pourtant, alors que la plus grande partie des Seattlelites de Sub Pop s'est contentée de faire une exhumation tortueuse du rock antérieur, Nirvana saccage le passé, en quête de sa propre personnalité", remarque la revue Sounds. Peu après, le magazine "Rock de Lux" parle de disque affirmant que Mudhoney et Nirvana sont déjà "les plus grands représentants du son rude qui caractérise Seattle aujourd'hui". La critique se termine par une description très juste de la musique du groupe : "Un rock en béton armé soutenu par des guitares monolithiques et une basse hallucinantes, sans les fausses prises de position intellectuelles d'autres mouvements hardcore, le tout enveloppant des textes qui traitent du thème éternel des frustrations adolescentes."

A l'époque, les médias spécialisés du monde entier tournent leurs regards vers Seattle, et on parle même des sonorités spécifiques de Sub Pop, caractérisées par des formations de styles aussi différents que Mudhoney, Tad, Beat Happening, The Walkabouts, Soundgarden, et bien spur Nirvana. "Essentiellement, ils sont "the real thing". Sans idéologie de rock-stars, sans prétentions intellectuelles, sans un grand projet pour dominer le monde (...) Si Nirvana ne faisait pas ça, ses musiciens seraient en train de travailler dans une grande surface, dans l'industrie du bois ou dans un garage", écrit Everett True dans le Melody Majer. Il n'est pas si loin de la vérité, même si Kurt Cobain et Chris Novoselic ont depuis longtemps rejeté l'idée de passer le restant de leurs jours selon le modèle typique offert à la population mâle d'Aberdeen, c'est-à-dire "couper des arbres, baiser et boire, parler de baise et boire encore..." Ils veulent seulement enregistrer des disques, et avec une peu de chance, parcourir le monde pour interpréter en concert leurs propres chansons.

La chance de jouer hors de leur frontières se présente deux mois après la sortie de Bleach en Grande-Bretagne. Le 20 novembre, ils entament à Newcastle leur première tournée européenne, qui se termine le 3 décembre à l'Astoria Theatre de Londres, dans un petit festival baptisé Lame Festival. Sont là aussi Mudhoney et Tad, avec lequel ils ont déjà partagé la scène pour quelques concerts durant leur tour. La grande nuit de la "Rock city mania" comme l'appelle Sounds, remporte un grand succès et, à en juger par les critiques de la revue, c'est Nirvana qui a eu le plus grand impact sur le public : "Mudhoney peut bien avoir des pédales superfuzz et bigmuff, mais Nirvana possède en revanche un effet complètement personnel, le son flegmatique du megagrogement. Ils interprètent une chanson et déjà la première ambulance pour guitares se met en route..." Avant la fin de l'année, Nirvana sort Blew sur le marché européen et, de retour aux Etas-Unis, le 30 décembre, Chris Novoselic se marie avec sa fiancée, Shelli. Quatre mois plus tard, ils font une nouvelle tournée dans leur pays qui s'achève de façon désastreuse : le batteur sera expulsé du groupe pour "différences religieuses", selon les termes employés par Kurt Cobain. Mais surtout, les musiciens sont physiquement à bout de forces et commencent à le payer. Une cure de détente et de repos devient indispensable, mais Cobain s'y refuse. Le chanteur-guitariste continue à composer et en juillet, avec la collaboration de Dan Peter (batteur de Mudhoney), Nirvana enregistre le single Sliver. Accompagnés cette fois de Dave Crover, ils partent pour une tournée d'été, au cours de laquelle ils font la première partie de certains de Sonic Youth. Sliver sort en septembre aux Etats-Unis et le groupe, accompagné de Peters, prend part au festival de Seattle, qui a pour têtes d'affiche Sonic Youth et Melvins.

En même temps, Kurt et Chris commencent déjà à réflechir à leur prochain album. Mais, avant de s'investir complètement dans la gestation du disque, ils doivent impérativement résoudre quelques problèmes cruciaux et s'interroger sur l'avenir du groupe. "On était toujours à la croisée des chemins, prêts à décoller, mais sans jamais le faire. On était le grand espoir", expliquera par la suite Novoselic. Deux ans déjà se sont écoulés depuis la sortie de leur premier single, et ils sont fatigués de n'être qu'une éternelle promesse qui, malgré une brillante réputation, ne parvient pas à voir le bout du tunner de la scène alternative. Pavitt et Poneman ont réussi à ce que le "son Sub Pop" dépasse ses frontières naturelles, c'est indéniable. Et ce mélange de guitares abrasives avec une attitude authentiquement punk (ou, selon les mot de Kurt Cobain ce "son originaire de Seattle, un mélange fou des Stooges et de Black Flag") qui sera bientôt connu sous le nom de "grunge", est sur le point d'exploser pour conquérir un public moins marginal. Mais le prestige de leur label ne se reflète pas en termes de ventes et l'assainissement indispensable de leur finances tarde un peu trop.

Dans ces conditions, Cobain et Novoselic sont conscients que les infrastructures limitées de Sub Pop sont insuffisantes pour que leurs disques atteignent sans obstacles les marchés américains et européens. Une promotion plus appropriée leur permettrait de gagner une audience plus grande. En même temps, ils ne veulent pas renoncer à leur démarche, ce qui leur pose de terribles problèmes de conscience. Pourtant, ils pensent de plus en plus qu'il serait possible de ne pas renier leurs convictions (ce que Cobain définit comme leur "ethique punk"), même au sein d'une maison de disques multinationale. D'autre part, ils se sentent à l'étroit dans les schémas stricts du punk et du hardcore le plus immobiliste.Comme Sliver permettait de s'en douter, Nirvana a envi d'enrichir sa musique avec quelques pincées de pop. Depuis quelques temps, ils apprécient et assimilent avec beaucoup d'intérêts les travaux de groupes comme Young Marble Giants, The Pastels et même Abba. K Records (Shonen Knife et Beat Happening) est devenu le label préféré de Cobain, à tel point qu'en 1991 il se fera tatoué leur logo sur un bras. La possibilité que leurs chansons, sans avoir besoin de tomber dans les pièges du marketing le plus insipide, puissent au moins les aider à sortir de la galère économique, est trop attirante pour la délaisser.

Un autre problème, toujours non résolu, est la stabilité et l'homogénéité de leur formation, car ils subissent constamment la désertion mal venue de leurs batteurs. Après avoir envisagé plusieurs noms (la rumeur fait état de celui de J. Mascis, le leader de Dinosaur Jr.) Buzz Osbourne leur suggère de faire un essai avec Dave Eric Grohl, un garçon de Warren (Ohio), né le 14 janvier 1969, qui a fait partie de Scream, groupe réputé du circuit hardcore de Washington. Kurt et Chris connaissent déjà ses grandes qualités de musicien, car ils ont eu l'occasion d'assister à un concert de Scream à San Francisco. Ils ne se posent donc pas plus de questions et lui proposent la place.

En octobre, Dave Grohl fait ses débuts en tant que batteur de Nirvana au North Shore Surf Club de Seattle et, le même mois, il s'envole avec ses nouveaux partenaires pour une tournée en Grande-Bretagne avec le quator féminin L7. Le dernier concert de ce tour a lieu à l'Astoria de Londres en compagnie de Goldflesh. Susan Corrigan publie une chronique enthousiaste du spectacle dans le New Musical Express. "Nirvana sait comment contrôler son énergie, pour provoquer un bruit ou un grand fracas juste au bon moment. Leurs disques ne montrent pas à quel point il sont bons. Kurt Cobain a la voix d'un jeune Paul Westerberg (The Replacements) au meilleur de sa forme."

Quand le trio retourne à Seattle, après avoir conquis la presse anglaise, sa décision de donner un brusque tournant à sa carrière est bien mûrie. Le groupe se tourne alors vers la grande industrie discographique. Pour les conseiller, ils engagent l'entreprise de management Gold Mountain Entertainment, dirigée par John Silva et Barry Goldberg qui, curieusement, est celle ayant introduit Sonic Youth dans le catalogue de DGC (label indépendant appartenant à la multinationales Geffen). "Les compagnies indépendantes peuvent t'étouffer avec leur petite infrastructure. Il n'y avait pas d'avenir, c'est pour ça qu'on a cherché un major, on avait notre claque de la mauvaise distribution de nos disques, on avait besoin de stabilité", se justifiera Chris Novoselic. Ce moment est venu et Nirvana, assisté de ses représentants, pénètre dans les bureaux de DGC où, le 4 janvier 1991, les musiciens signent un contrat pour deux albums, et reçoivent sur le champs une avance, non négligeable, de 287 000 dollars. Les responsables de Sub Pop, qui ne digèrent pas très bien la nouvelle, vont eux aussi tirer un extraordinaire profit de la situation : DGC les dédommagera de 75 000 dollars pour la perte du groupe, et leur accordera un pourcentage sur les bénéfices du second disque de Nirvana, dans le cas où ses ventes dépasseraient les 200 000 exemplaires. Evidemment, tout le monde est loin de se douter du succès colossal qu'obtiendra le trio, ni que Bleach va devenir l'album le plus rentable de la petite compagnie, puisqu'il se vendra à plus d'un million d'exemplaires dans le monde entier.

Dès que le contrat est signé, Nirvana s'enferme dans les studio Sound City de Los Angeles pour y enregistrer ses nouvelles chansons, avec un buget de 135 000 dollars. C'est Butch Vig, dont le travail réalisé avec Killdozer avait séduit Cobain et Novoselic, qui est choisi comme responsable de production, au détriment de Don Dixon et de David Briggs, recommandés par la maison de disques. Le groupe ne perds pas de temps : l'enregistrement à peine terminé, il reprend la route pour faire la première partie des concerts des Dinosaur Jr. sur la Côte Ouest, puis retourne en Europe. Le principal rendez-vous a lieu le 23 août, à l'ouverture du festival de Reading. L'affiche regroupe Sonic Youth, Dinosaur Jr., Iggy Pop, Blur et Teenage Fanclub. Nirvana donne un concert qui, au dire du magazine Ruta 66, est sans doute le plus marquant du festival. "C'est l'un des groupes qui a le plus de fans, ce que l'on peut constater en voyant la quantité de tee-shirts à son nom dans le public. Ils se donnent à fond. Kurt Cobain se jette carrément dans la foule du haut de la scène et continue à marteler sa guitare, soutenu en l'air par les fans."

Le groupe profite de ces concerts pour présenter certains de ses nouveaux morceaux, comme "Smells Like Teen Spirit" qui sort en octobre, en avant-première de leur second album. Deux ans se sont écoulés depuis la sortie de Bleach et les fans attendent avec impatience leur nouveau disque. Enfin, le 23 septembre, DGC lance Nevermind, avec un tirage initial de 40 000 exemplaires aux Etats-Unis et un peu moins de 10 000 en Grande-Bretagne. Ces chiffres font plutôt rire aujourd'hui, mais à ce moment-là, ni le groupe, ni la maison de disques, ne pouvaient imaginer que l'album allait en moins de 4 mois détrôner dans les charts le "Dangerous" de Michael Jackson aux recettes spectaculaires. Ils ne se doutaient pas non plus qu'en 5 ans le disque se vendrait à plus de 10 millions d'exemplaires. En effet, Nevermind est encensé par la presse spécialisée, presque unanime dans le monde entier. Il a, bien sûr, quelques détracteurs, qui au-delà de la musique, critiquent le groupe pour s'être fait récupérer par une multinationale ou qui considèrent le disque comme un mélange insipide de hard-rock et de punk truffé de clins d'oeils à la musique alternative la plus banale. C'est le cas par exemple, du journaliste Juan Cervera, lorsqu'il écrit, six mois après la sortie du disque, dans "Rock de Lux" : "Un début lumineux... et le reste décevant. Les aspérités de Bleach ont été bien convenablement limées et le regard se tourne désormais vers les années 60, aec la mélodie pour premier objectif. Mais les chansons ne prennent pas, et Nevermind s'enfonce irrésistiblement dans l'ennui. Trop de clichés - un succédané fonctionnel du meilleur rock alternatif de la décennie passée - peu de risque, aucune transgression, à l'exception (bonne) de Lithium et de Territorial Pissings, morceaux dans lesquels l'angst de Cobain apparaît avec conviction et sans lourdeur. Le succès populaire est compréhensible : les ballades (Polly, Somthing In The Way) auraient très bien pu figurer dans "Use Your Illusion" de Guns N'Roses..."

Par contre, dans la même revue, Marc Mateu tient des propos diamétralement opposés : "Nirvaan, ce sont toujours trois types dégingandés qui font une musique puissante, davantage orientée maintenant vers les mélodies, mais sans pour cela être moins percutantes. Des coups fumants comme "Smells Like Teen Spirit" n'ont rien à voir avec la bouillie décaféinée qu'on vous sert sur les radios AOR américaines (...) Nirvana aime les Beatles, REM, et aussi le mordant du hard-rock des années 70. Cela donne un cocktail à la fois puissant et réussi."

Plus concrétement encore, Lauren Spencer, dans la revue Spin définit Nirvana comme "un mariage entre REM et Sonic Youth, avec The Germs comme maîtresse."

Comme on peut le constater, il y en a pour tous les goûts, mais personne ne peut contester que Nevermind a causé non seulement une agréable surprise, mais aussi un petit (voire énorme) tremblement, ébranlant les bases de l'industrie musicale et favorisant la rencontre du rock alternatif avec le grand public, qui n'avait aucune idée de ce qui se passait en dehors des programmes radio conventionnels. De plus, Nevermind est devenu le credo pseudo-existentialiste de toute une généraltion, à laquelle Kurt se rattache, et qu'il définit comme "apathique". C'est aussi le manifeste rageur et dramatique d'un genre, le grunge, qui va franchir les frontières social, une attitude, une mode et presque une façon de vivre. Le titre de l'album, bien entendu, en donnait déjà un début d'explication : "le disque s'appelle Nevermind (c'est-à-dire "Peu importe") car la plupart des gens préfère s'en foutre, ou simplement dire "peu importe", plutôt que de prendre une bombe et taguer ou de monter un groupe. Les gens ont perdu l'habitude de faire ce genre de trucs et ça me préoccupe. Ce serait si simple de taguer une bonne fois pour toutes "Foutez Georges Bush en l'air". Peu importe que ça n'ait aucun impact, mais au moins c'est une façon de décompresser et en plus c'est marrant", disait Cobain.

La tournée de promotion de l'album débute aux Etats-Unis, continue en Europe, passe même par le Japon et l'Australie, début 92. L'ascension du groupe est irrésistible : sa présence dans les principales émissions radio et télé est devenue incontournable, le clip "Smells Like Teen Spirit" est diffusé tout le temps sur MTV, et même les revues pour adolescents se font l'echo de toutes les nouvelles relatives au groupe. Et, sans conteste, l'évènement le plus marquant est le mariage de Kurt Cobain avec Courtney Love à Waikiki (Hawai), le 24 février 92. Ils se sont connus huit mois auparavant à Los Angeles et ont ensuite l'occasion de se rencontrer à plusieurs reprises. Le divorce des parents de Love n'avait pas été qu'une simple anecdocte dans sa biographie plutôt touffue. Toute enfant, elle a été mise dans des maison de redressement pour avoir volé des tee-shirts de Kiss dans un grand magasin. Plus tard, elle a travaillé comme stripteaseuse et, parmi sa collection d'aventures amoureuses, on trouve la perte de sa virginité avec Michael Mooney (Psychedelic Furs), un mariage éphémère avec James Moreland (Leaving Trains) et une brève liaison avec Billy Corgan (Smashing Pumpkins). Sa carrière artistique n'a pas été moins agitée : après avoir fait partie quelques temps de Faith No More, elle a ensuite créé Sugar Baby Doll avec Kat Bjelland (Babes In Toyland) et Jennifer Finch (L7). Elle a même flirté avec le cinéma (bien avant "Larry Flint", elle a fait une apparition dans "Sid And Nancy" - sans toutefois obtenir le rôle de Nancy Spungen, qu'elle convoitait - et a joué dans "Straight To Hell") avec l'excellent album "Pretty On The Inside". Pas besoin de dire que la carrière de Hole commence à décoller après le mariage de Courtney avec Kurt. Logique.

A partir de ce moment, le célèbre couple se voit soumis à une persécution constante de la part des médias, qui attendra les sommets d'une veulerie inconcevable dès l'annonce de la grossesse de Love au mois d'avril. Les rumeurs faisant état de l'addiction des deux musiciens à l'héroïne sont de plus en plus insistantes, et le couple, surtout Kurt, décide de se replier dans sa propre intimité, pour se protéger, tant que se peut, de l'attention permanente et du harcèlement du public. Au moins d'août pourtant, le malaise et la pression atteigne l'insoutenable. Le 8, à l'hôpital Cedars Sinai de Los Angeles, Courtney Love accouche d'une petite fille qui reçoit le nom de Frances Bean, en hommage à l'actrice Frances Farmer. Le journal britannique à sensation "The Sun" affirme que l'enfant est née avec un syndrome de manque et, le même mois, "Vanity Fair" publie un long reportage dans lequel, selon la journaliste Lynn Hirschberg, Love avoue avoir consommé des drogues avec son amri pendant la grossesse. De plus, elle est photographiée, peu avant l'accouchement, avec une cigarette à la main. Le même article affirme aussi que Nirvana a été à deux doigts de la rupture en raison d'un succès mal digéré et surtout, par des relations houleuses de Courtney Love avec Dave Grohl et Chris Novoselic. Compte-tenu des déclarations de Love, les services de la Protection de l'Enfance de Los Angeles entament une recherche pour savoir si le couple est capable d'élever sa fille dans de bonnes conditions. Finalement, Kurt Cobain craque, physiquement et mentalement. La leader de Hole accuse Madonna d'avoir orchestré cette campagne de presse en représailles pour avoir refusé de signer avec son label Maverick. "L'article de Vanity Fair n'aurait pas existé si je ne l'avais pas envoyée chier", accuse Courtney.. Un mois après ce lamentable évènement, Kurt accorde une interview à La Time dans lequel, entre autes, il reconnaît avoir abusé d'héroïne. "J'ai pris différentes drogues, mais je n'ai rien à en dire de bien. C'est une perte de temps totale. On a des tas de jeunes fans et je ne veux surtout pas être accusé d'inciter à la consommation de drogue (...) Tu ne peux pas savoir à quel point mon attitude à changé depuis la naissance de Frances. Tenir un bébé dans ses bras est la meilleure drogue du monde. Je ne veux pas que ma fille grandisse entourée de gens qui lui disent que ses parents étaient des junkies."

Pendant ce temps, la nirvanamania va crescendo et génère des bénéfices considérables. Tout le monde veut sa part du gâteau, même sans y avoir droit. C'est ainsi, par exemple, que les anglais Patrick Campbell-Lyons et Alex Spyropoulos intentent un procès au groupe, alléguant une appropriation frauduleuse du nom artistique Nirvana qu'ils utilisent depuis 1968. Le juge chargé de l'affaire admet ce fait, mais n'oblige pas pour autant les Américains à changer de nom ni, encore moins, à payer des dommages et intérêts à ces plaideurs opportunistes et intéressés.

Malgré l'ambiance étouffante dans laquelle vit le groupe, les concerts se succèdent durant tout l'été. Des rumeurs courent sur éventuel forfait de Nirvana pour le Festival de Reading, dont ils sont tête d'affiche de la journée de clôture, le 30 août, achevant l'exténuante tournée de Nevermind. Pourtant, à l'heure dite, Kurt, Dave et Chris dont irruption sur la scène, à la suite de groupes comme Nick Cave and the Bad Seeds, Melvins, Teenage Fanclub et Smashing Pumpkins, et donnent un spectacle plutôt irrégulier pour clore cette manifestation ayant réuni plus de 50 000 spectateurs. "Kurt Cobain est arrivé syr scène dans une chaise roulante poussée par Chris Novoselic. Il portait une gbardine et une perruque blonde. Il a fixé le micro et s'est mis à ironiser sur tous les racontars dans le groupe fait l'objet. Si on se souvient que dans le passé ils vaient été colossaux à Reading, ils étaient plus qu'attendus. Mais ils ont déçu. Ils ont été froids, sans la spontanéité d'autrefois. Tout paraissait prévu et répété jusqu'à satiété, même la destruction de leurs instruments à la fin", relate Antoni Badia dans Ruta 66. Il est évident qu'après quelques mois si agités, les musiciens sont à bout de souffle et ont besoin de mettre leur carrière entre parenthèses pendant quelques temps pour reprendre des forces et de l'enthousiasme. Ainsi, après avoir participé, le 9 novembre, à la cérémonie des MTV Awards, où ils reçoivent les prix du Meilleur clip alternatif et du Meilleur clip dans la catégorie espoirs pour "Smells Like Teen Spirit", ils décident de remettre à plus tard l'enregistrement de leur nouvel album.

Pour éviter que l'intérêt des fans pour le groupe ne s'amenuise (et en même temps continuer à exploiter cette poule aux oeufs d'or de la basse-cour alternative), DGC fait paraître, fin 92, un disque de raretés, Incesticide, que la presse interprète comme une déplorable concession aux intérêts de la multinationale. Heureusement, la groupe ne tarde pas à retourner en studios. Ils annoncent que le disque aura des sonorités plus crues, plus sauvages et moins peaufinées que Nevermind et, pour ce faire, engagen Steve Albini, séduits par le travail que ce musicien et producteur a accompli avec Pixies et The Breeders. Les sessions se passent assez rapidement et sans problèmes. En effet, durant la fin des enregistrements, il reste assez de temps à Kurt pour produire le nouvel album de Melvins, Houdini, et collaborer avec le mythique écrivain William S. Burroughs à la conception du single "The Priest They Called Him". Par ailleurs, Nirvana participe à un festival donné au Cow Palace de San Francisco destiné à collecter des fonds pour les vicitmes de la guerre en Bosnie.

Le concert suivant a lieu fin juillet, dans le cadre du New Music Seminar de New York. Avec le concours d'un guitariste d'accompagnement, Big John Duncan, ex-Exploited, Nirvana interprète quelques chansons de son nouvel album, qui après avoir écarté des titres comme "I Hate Myself And Want To Die" ou "Versus Chorus Versus", s'appellera finalement "In Utero". Au mois d'août, le groupe entreprend une vaste tournée aux Etats-Unis avec Pat Smear, qui avait déjà fait du l'influent groupe hardcore The Germs, en tant que secondes guitare, et la violoncelliste Lori Goldston. Après une longue attente, le 13 septembre paraît "In Utero".

Comme le groupe l'avait laissé entendre, il s'agit d'un album rageur, âpre et difficile à assimiler pour ceux qui attendaient une suite de Nevermind. "C'est ce qu'on pourrait appeler un authentique disque de grunge. Il est sale. Mais, pour lui rendre justice, il fait dore que chaque chanson a sa propre personnalité, chaque morceau est traité comme une entité isolée. J'insiste, je crois que le mot que le définit le mieux est "grunge"... Quand on a fait Bleach, personne n'employait ce nom, ça signifie quelque chose comme de la crasse accumulée sur un rideau de douche. Maintenant, ce mot fait partie de notre vocabulaire, il faut vivre avec", déclare Novoselic. La polémique qui accompagne la sortie d'In Utero - Albini déclare que le disque est une "suicide commercial" et que son style ne plaît pas du tout aux responsables de DGC et de Gold Entertainment - joue pourtant en faveur du groupe. Pas sur le plan commercial (les ventes sont considérablement inférieures à celles de Nevermind), mais cela contribue à renouveler le prestige du groupe dans les cercles spécialisés. In Utero n'est pas, en effet, un album complaisant ni même aimable, et sans doute pour ces raisons, la presse le traite avec une certaine bienveillance, ce qu'a priori on n'attendait pas. "Ceux qui ont dansé sur Nevermind devront aller voir ailleurs. Ceux qui connaissaient Nirvana se rendront compte que le groupe peux encore fabriquer des pillules difficiles à avaler. In Utero est un très bon disque, sincère et brutal, mais condamné aux ténèbres" écrit Rafa Cervera dans Ruta 66.

Alors que tout paraissait indiquer que le groupe avait pratiquement solutionné les différents qui le séparaient des détracteurs (qui, injustement, ne lui pardonnaient toujours pas sa désertion de la scène indépendante), Nirvana accepte de réaliser une session acoustique pour MTV, dans les studios Sony de New York. Cette décision irrite les détracteurs et beaucoups de fans méfiants, persuadés que le groupe a de nouveau cédé aux intérêts de l'industrie du spectacle et aux pressions d'une maison de disque qui, par cette manoeuvre, entend bien se dédommager des ventes "modestes" d'In Utero. Pourtant, comme le prouve l'album "MTV Unplugged In New York" reprenant le concert du 18 novembre, le format unplugged (acoustique) permet de découvrir une facette de Nirvana tout à fait excitante, et en aucun cas insignifiante ou méprisable. Le groupe profite aussi de l'occasion pour faire une relecture émouvante de certains de ses propres chansons, avec la collaboration de Smear et de Goldston, et aussi pour rendre hommage à Meat Puppets (dont deux membres, les frères Curt et Cris Krikwood, sont présents), à The Vaselines, à Leadbelly et à David Bowie.

Début janvier, Nirvana achève à Seattle ce qui sera sa dernière tournée américaine et, un mois plus tard, part pour Lisbonne pour y donner le premier des concerts européens de la tournée promotionnelle d'In Utero. Le tour devra pourtant être interrompu le 1er mars 1994, après un spectacle au Terminal Einz de Munich, au cours duquel Kurt Cobain perd sa voix. Le médecin lui recommande du repos et le groupe décide de reporter les concerts en avril. Ce qu'on ne sait pas, c'est que le public munichois sera le dernier à voir Cobain, Novoselic et Grohl ensemble sur scène. A partir de cette date, les événements dramatiques se succèdent à une allure vertigineuse. Ils aboutiront au suicide tragique du chanteur de Nirvana : le 4 mars, Courtney Love retrouve son mari inconscient dans une chambre de l'hôtel Excelsior à Rome, où le couple s'était donné rendez-vous. Bien que les médias qualifient l'événement "d'accident" ("la dernière image que j'ai de lui est celle d'un père qui jouait avec sa fille, pas celle d'un jeune qui voulait en finir avec la vie", déclare l'un des médecins qui l'ont accueilli à l'Hôpital Américain), la réalité est bien différente. Kurt a essayé de mettre fin à ses jours en ingérant une cinquantaine de somnifères mélangés avec de l'alcool. Une fois sorti du coma et après trois jours d'hôpital, il rentre à Seattle. Le 18, le couple a une violente dispute et Love est obligée d'appeler la police car Cobain, retranché dans une pièce avec un pistolet, menace de se suicider.

Kurt est dans un état physique et mental déplorable en raison de sa dépression et de sa toxicomanie, et sa relation avec Courtney est désormais insoutenable. Le musicien, contrairement à sa femme, refuse de se soumettre à une cure de désintoxication, malgré l'ultimatum de Novoselic et de Smear menaçant de dissoudre Nirvana. Peu après, Cobain entre à l'Exodus Recovery Center de Marina del Rey, en Californie, pour y être soigné. Mais, au bout de deux jours, le er avril, il s'en échappe et retourne à Seattle. Sa mère prévient la police de sa fugue, et Courtney engage un détective privé pour le retrouver, mais il est déjà trop tard : le 8 avril, Gary Smtih, un électricien venu installer un système de sécurité dans la maison que le musicien possède à Mardona (Seattle), découvre sur le sol le corps sans vie de Kurt Cobain. "J'ai d'abord cru que c'était un mannequin mais je me suis aperçu qu'il avait du sang à l'oreille droite. J'ai vu une fusil sur sa poitrine, braqué vers son menton", raconte Smith à la presse. Selon le rapprt d'autopsie, Kurt a pris du Valium et de l'héroïne (3 fois la dose mortelle) avant d'appuyer sur la gâchette de l'arme avec laquelle il a décidé de mettre un triste point final à ses jours. "Maintenant il est parti et a rejoint ce stupide club. Je lui avais dit de ne pas chercher à en faire partie", déclare sa mère, Wendy O'Connor, à l'agence de presse Associated Press, faisant référence à ce club supposé de jeunes stars du rock qui, comme Janis Joplin, Jimi Hendrix et Jim Morisson, sont morts à l'âge de 27 ans. Le cadavre de Kurt Cobain est incinéré le 10 avril. La suite, Foo Fighters ou Sweet 75, est une autre histoire.
# Posté le lundi 09 janvier 2006 13:28
Modifié le dimanche 23 décembre 2007 12:05